✦ Mad Father  ·  Horreur RPG  ·  Héritage & corruption

La poupée qui dit je t'aime
— héritage et corruption dans Mad Father

Aya, Alfred et la malédiction d'un amour qui reproduit ce qu'il dit fuir

24 mars 2026 · ~8 min de lecture · Spoilers complets
Silent Hill f

Mad Father (2012, remake 2020) est un RPG horror japonais. Aya Drevis, 11 ans, vit en Allemagne avec son père Alfred — un scientifique qui réalise des expériences secrètes dans le sous-sol de leur manoir. La nuit de l'anniversaire de la mort de sa mère, les créatures du laboratoire s'échappent et son père est emmené par le fantôme de sa mère. Aya part le chercher. C'est un jeu court, sombre et retors, sur l'amour qu'on porte à ceux qui nous font du mal, sur ce qu'on hérite sans le choisir, et sur la façon dont une « vraie fin heureuse » peut cacher quelque chose de bien plus inquiétant.

Mad Father se présente d'abord comme une histoire simple et touchante : une petite fille de onze ans cherche à sauver son père du fantôme vengeur de sa mère. Elle l'aime. Il l'aime. On traverse un manoir plein de monstres et on rentre à la maison.

C'est un mensonge. Pas de la part du jeu — de la part d'Aya elle-même. Et ce mensonge, le jeu le dénoue avec une cruauté douce et précise qui fait de Mad Father bien plus qu'un RPG horror de niche : un portrait d'enfant qui ne sait pas encore ce qu'elle est.

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I. Ce qu'Aya sait — et ce qu'elle choisit de ne pas voir

Aya Drevis sait que son père Alfred transforme des gens vivants en poupées dans son laboratoire souterrain. Elle le sait depuis le début. Elle a grandi avec. Elle appelle ça « le travail de papa » et s'arrange pour ne jamais descendre au sous-sol.

C'est la première et la plus importante décision narrative du jeu : faire d'Aya non pas une enfant ignorante, mais une enfant qui choisit de ne pas savoir. Son amour pour Alfred n'est pas aveugle par naïveté — il est aveugle par nécessité psychologique. Elle a besoin que son père soit bon parce qu'il est tout ce qui lui reste depuis la mort de sa mère.

Ce mécanisme — aimer quelqu'un en se fermant à ce qu'il fait — est l'un des ressorts les plus honnêtes que le jeu explore. Et il ne le juge pas. Il le montre, simplement, dans toute sa logique interne.

II. Alfred — le monstre qui voulait protéger

Alfred Drevis est présenté initialement comme la victime — capturé par le fantôme de sa femme, à sauver. La vérité est plus sombre. Il a tué Monika, sa propre femme, le jour où elle a découvert son plan : transformer Aya en poupée pour « préserver sa beauté et son innocence » avant qu'elle ne grandisse et se « souille ».

Ce qui rend Alfred particulièrement glaçant, c'est que son projet sur Aya n'est pas de la haine — c'est une forme pervertie d'amour. Il voulait la garder parfaite. Intacte. Il avait remarqué qu'elle montrait les mêmes penchants que lui enfant — blesser des animaux sans remords — et avait décidé que la seule façon de l'empêcher de devenir comme lui était de la figer avant que le mal s'installe.

Alfred voulait sauver Aya de ce qu'il était. Il n'a pas réalisé que cette solution était aussi ce qu'il était.

C'est la boucle tragique du personnage : un homme conscient de sa propre monstruosité, qui utilise cette conscience pour commettre un acte encore plus monstrueux, au nom de l'amour.

III. Les fins — le jeu qui refuse de mentir

Fin 1 — Mauvaise
✦ Exaucer Monika
Aya laisse sa mère emmener Alfred dans l'au-delà. Elle se retrouve seule. Maria l'assomme et continue les expériences d'Alfred — avec Aya comme premier sujet.
Fin 2 — Mauvaise
✦ Sauver le père, ignorer Maria
Aya sauve Alfred. Alfred la chasse à la tronçonneuse. Elle ne l'aide pas à temps. Il en fait une poupée en robe rouge. Sa dernière image : son père qui lui dit bonne nuit.
Fin vraie — Canon
✦ Sauver le père et Maria
Aya et Maria s'échappent. Alfred est tué. Le manoir brûle. Les deux femmes commencent une nouvelle vie — avec le livre de médecine d'Alfred dans les bagages d'Aya.
Épilogue
✦ Quelques années plus tard
Aya et Maria tiennent une clinique gratuite. Maria confie qu'Aya est devenue exactement comme son père. Une patiente vient chercher de l'aide. On entend des chevaux. Une porte de cave.

La vraie fin est la plus troublante précisément parce qu'elle semble d'abord heureuse. Deux femmes qui s'en sont sorties. Une clinique gratuite. Un nouveau départ. Et puis la dernière image démantèle tout : les mêmes chevaux que Maria utilisait pour attirer des victimes jusqu'au manoir. La même porte de cave. Le même livre d'anatomie.

Aya n'a pas été sauvée du cycle. Elle l'a perpétué. Avec plus d'empathie apparente, mais la même logique fondamentale : préserver la beauté en la fixant, arrêter la souffrance en effaçant ceux qui souffrent.

IV. La malédiction des deux côtés

Ce que le jeu révèle dans ses notes et journaux secondaires est encore plus complexe : Monika n'était pas une sainte non plus. Elle a délibérément choisi Alfred — un serial killer rencontré en prison — pour lui donner un enfant qui porterait les penchants des deux lignées. Elle voulait un successeur à la tradition familiale de « beauté éternelle ». Elle a configuré Aya dès sa naissance.

Le titre Mad Father est donc doublement ironique : le père fou est évident, mais la mère folle est la première architecte du désastre. Et Aya, aimée et manipulée par les deux, a absorbé leurs pires aspects en croyant devenir meilleure qu'eux.

Sur le format RPG horror : Mad Father a été créé en 2012 avec Wolf RPG Editor par le studio japonais Miscreant's Room, dans la tradition des RPG horror indépendants japonais (Yume Nikki, Ib, Ao Oni). Ce format — pixel art, vue du dessus, puzzles simples, narration par collectables — est devenu un genre à part entière, remarquablement efficace pour traiter des sujets lourds grâce à la distance esthétique qu'il crée. L'aspect enfantin et coloré rend la noirceur narrative d'autant plus saisissante.
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Mad Father est disponible sur Steam et Nintendo Switch. Le remake de 2020 ajoute un mode Blood pour les joueurs souhaitant une expérience plus intense, et un mode IF qui développe la relation entre Aya et Alfred avec de nouvelles scènes non présentes dans l'original.